Porteur: AMO Itinéraires

Projet: la petite enfance, une question centrale: faire de la prévention sans devoir démontrer qu’il est trop tard

Présentation: projet axé sur la petite enfance privilégiant l’outil psychomotricité relationnelle, en partant du constat de la nécessité de développer un outil pour prévenir la rupture du lien parent/enfant.

Quel est le fait social concerné?

La précarité et la pauvreté des familles impactent le développement harmonieux des enfants.

Quels sont les Groupes concernés?

Les enfants entre 0 et 6 ans issus des familles précarisées. Ces familles présentent un revenu inférieur au seuil de pauvreté, sans emploi, vivent dans un logement inadéquat (exigu) voire insalubre, émargent d’un organisme d’aide aux démunis (CPAS, mutuelle,…), primo-arrivantes, sans statut reconnu…

Quelle description de la problématique peut être faite?

Le développement et le bien-être des enfants sont en grande partie dépendants du contexte social et familial dans lequel ils évoluent. La précarité infantile est donc la précarité qui touche directement ou indirectement l’enfant dans les différents domaines de son existence. Alimentation, éducation, logement, soin, etc. impactent l’enfant dès la naissance au niveau de son développement psychomoteur et relationnel. Les enfants issus de familles défavorisées sont clairement pénalisés. Il en résulte que leurs droits fondamentaux sont bafoués.

Que cherche-t-on à prévenir?

L’exclusion sociale et l’isolement des enfants de 0 à 6 ans en mobilisant leurs parents.

Quel est le timing de l’action?

Notre projet axé sur la petite enfance a démarré il y a plus de 15 ans, nous avons d’emblée privilégié l’outil psychomotricité relationnelle, en partant du constat de la nécessité de développer un outil pour prévenir la rupture du lien parent/enfant. Pour répondre au mieux à notre mission de prévention, des travailleur·euse·s social·e·s se sont formé·e·s en psychomotricité, et Itinéraires s’est doté d’une salle dédiée aux mouvements libres des enfants accompagnés ou non d’un·e proche. Cet outil nous permet d’aborder avec les familles des problématiques plus globales qui font partie intégrante de notre travail de prévention sociale. En 15 ans, notre approche s’est considérablement professionnalisée.

Quelle transformation sociale est souhaitée?

En partant de l’arrêté AMO, concernant la prévention sociale, nous avons développé un outil pour «  agir sur l’environnement social des jeunes afin de le rendre plus propice à leur épanouissement et à leur émancipation. Elle vise également à apporter une réponse globale à des problèmes individuels et collectifs ainsi qu’à développer une dynamique de réseau » (article 10).

Pour remplir pleinement cette mission, ce sont des travailleur·euse·s social·e·s au sein d’un service d’actions en milieu ouvert qui utilisent leurs formations en psychomotricité pour accompagner des enfants et des familles. L’outil « psychomotricité » est un levier, une voie d’accès pour les familles précarisées qui permet de se rencontrer autour du jeu des enfants et de leurs besoins afin de développer leur motricité, base nécessaire pour les futurs apprentissages, en lien avec la relation à autrui et à l’adulte référent.

La mise en œuvre des séances participe ainsi à lutter contre la précarité et la pauvreté infantiles. En effet, il s’agit de créer des possibles via la rencontre et le partage d’une activité commune favorisant un lien de confiance et aboutissant à l’expression de demande. La psychomotricité permet l’inclusion, l’accès au soin et à l’aide. L’environnement familial, scolaire, social, économique et culturel sont autant de facteurs à prendre en compte dans notre travail.

Ainsi, la psychomotricité est envisagée comme un outil et devient une « porte d’entrée » qui permet l’émergence de demandes et étoffe ainsi les compétences relationnelles et communicationnelles des familles. En apportant un soutien global à l’enfant dans son environnement, on participe à la création d’un « bol contenant » autour de l’enfant. Il pourra pleinement développer ses potentialités et avoir la sécurité et la structure nécessaire pour grandir dans son milieu.

Quels sont les acteurs mobilisés et quelles relations seront construites entre eux? Quels sont les apports et retours espérés pour chacun d’eux?

  • L’enfant et son parent encadrés en séance par des travailleur·euse·s social·e·s formé·e·s en psychomotricité. Au travers du jeu, enfant et parent pourront vivre un moment durant lequel nous favoriserons leur relation en mettant en place les conditions nécessaires pour rendre les parents davantage disponibles à leur enfant. Une relation de confiance sera tissé au fil des séances avec la famille.
  • Les travailleur·euse·s formé·e·s sur les questions de développement de l’enfant. Des temps de réflexion et de supervision autour de notre pratique en lien avec notre cadre de travail est essentiel pour offrir une écoute et une disponibilité aux enfants et aux parents.
  • Notre réseau nous permet de trouver des réponses pour soutenir des démarches administratives parfois « gargantuesques ». Nous participons activement à la coordination sociale du CPAS de Saint Gilles au travers de différents groupes. Depuis plusieurs années, le GAPPI (groupe d’action et de prévention de la précarité infantile) réfléchit aux moyens de lutter contre la précarité infantile en mettant en place des projets spécifiques pour améliorer la connaissance de cette problématique.
  • Les écoles : Nous sommes confronté·e·s au milieu scolaire via certaines écoles avec qui nous avons crée des liens privilégiés. Nous plaidons pour le renforcement dès la maternelle d’une équipe éducative dans l’intérêt de tous les enfants. Intégrer des personnes formées au développement des enfants et de leurs besoins. Nous souhaitons ainsi créer une alliance éducative autour des enfants. Celle-ci nécessite une approche pluridisciplinaire. Nous constatons fréquemment que face aux enfants fragilisés, certain·e·s instituteur·rice·s sont désemparé·e·s.
  • L’inter’AMO petite enfance : Nous avons partagé notre travail pour développer davantage la question de la petite enfance en AMO. L’« InterAMO petite enfance » est un collectif d’AMO dont l’objectif est de promouvoir l’émergence et la pérennisation d’actions de prévention sociale à destination des enfants de 0 à 6 ans, leurs familles et familiers, au sein des AMOs. Ses membres mettent leur expérience en commun pour accompagner les AMOs dans la création de nouveaux projets et proposer une intervision de projets existants.
    Le collectif vise également à soutenir les actions de prévention éducative en lien avec la petite enfance, notamment au moyen de partages d’outils et de ressources, d’analyses de situations et de conseils en matière d’orientation.


Concernant les apports et retours espérés.

Au-delà des bénéfices que nous avons déjà évoqué pour les familles, nous avons développé un outil pour récolter leurs témoignages et évaluer le projet de manière qualitative. Nous leur proposons de répondre à deux questions : Quels sont les apports des séances pour votre enfant ? Quels sont les apports des séances pour vous personnellement ? Leurs réponses constituent une base pour notre diagnostic social, et confirment le besoin de lutter contre l’isolement et l’exclusion sociale.

Autres éléments que vous souhaitez mettre en avant

Pour terminer, il est nécessaire de considérer qualitativement le contexte dans son ensemble et pas uniquement d’un point de vue quantitatif. Il est également important de prendre en compte le niveau familial et environnemental pour prévenir l’impact négatif de la précarité, de la pauvreté sur le développement de l’enfant. C’est à ce niveau que se situent les enjeux de la prévention sociale. De là découle cette question fondamentale « comment agir sur le contexte familial et environnemental pour prévenir l’exclusion sociale des enfants? »

Si les AMOs veulent travailler avec la petite enfance ce qui pour nous est une évidence en terme de prévention, nous revendiquons une meilleure reconnaissance du métier de psychomotricien·ne, et précisément du titre de bachelier en psychomotricité dans la liste des professions éligibles au travail en AMO, ce qui n’est pas le cas actuellement. Cette formation, dont une partie importante est consacrée au travail d’éducation et de prévention, s’accorde parfaitement aux missions des AMOs. Elle permet aux travailleur·euse·s, à partir d’une observation des enfants et de leurs besoins, d’élargir leur regard et leur action à un niveau plus global de prise en charge.