Chantiers des Assises
Matériaux disponibles pour en identifier les composantes

INTRODUCTION

Nous livrons ici les matériaux qui sont déjà disponibles par rapport aux 8 chantiers qui sont proposés à la suite de la journée du 13 mai (voir les actes).

Ces 8 chantiers condensent les 16 propositions qui ont été choisies par les participants à la journée de mai, compte tenu des recoupements qui sautaient aux yeux à la lecture des rapports des ateliers.

Pour spécifiques qu’ils soient, les chantiers sont évidemment pris dans de nombreuses relations entre eux. Nous avons essayé de les indiquer, en ayant bien conscience que des recouvrements partiels auraient lieu, ce que nous considérons comme une richesse, telle ou telle question étant abordée par des groupes différents et des points de vue éventuellement distincts.

Par «matériaux déjà disponibles», nous entendons très explicitement ceux qui émanent :

– des contributions écrites reçues avant le 13 mai et qui sont intégralement publiées sur le site www.assisesdelaprevention.be (voir les contributions);

– des entretiens complémentaires dont le résumé est aussi publié sur le site (voir les entretiens);

– des exposés de la matinée du 13 mai (voir les actes);

– des propositions faites aux participants des ateliers de l’après-midi et qui résumaient les résultats des rencontres organisées avec les contributeurs par rapport aux thématiques dégagées des contributions;

– des rapports des discussions menées par les participants dans les différents ateliers du 13 mai (voir les actes).

Ces «matériaux déjà disponibles» ne préjugent en rien de ceux que la tenue des chantiers pourra mobiliser.

Leur consignation vise à permettre d’éviter de recommencer des discussions qui ont déjà eu lieu, pour aller plus loin, ce qui est le but des chantiers.

Parfois, des commentaires additionnels sont proposés: chaque fois que la mise en lumière d’articulations s’avérait possible et utile. Ils sont indiqués en tant que tels en caractères italiques.

 

Chantier 1

Comment réduire l’écart entre les ambitions de la prévention et les moyens qui lui sont accordés?

Les composantes du chantier connues à l’issue du processus se clôturant le 13 mai

Dans le rapport de l’atelier

⇒ Enoncé du problème à résoudre

Le constat qui a été posé est double:

  • le code a étendu le périmètre des actions à entreprendre par les AMO, sans toutefois augmenter les moyens alloués aux services;
  • certaines AMO commencent à être saturées, au point qu’elles doivent parfois procéder par listes d’attente.

Plusieurs causes sont avancées.

D’abord le fait que les AMO, soutenantes pour le jeune, ne s’estiment pas en position de refuser une demande; l’arrêté AMO ne permet d’ailleurs pas à un service de refuser d’entendre une demande d’aide.

Ont aussi été mise en avant: la difficulté pour les services AMO d’établir une frontière ferme et définitive car en affirmant davantage son identité, il y a un risque d’organiser de l’exclusion supplémentaire dans le parcours du jeune; la question de la temporalité a également été soulevée, à savoir la difficulté de mener des missions de prévention avant, pendant et/ou après une intervention des autorités mandantes.

En effet, les AMO sont aussi sollicitées par les acteurs des autres livres pour des situations qui ne relèvent plus de la prévention (mais s’inscrivent dans la lutte contre la désaffiliation); l’exemple des «incasables» est éloquent à cet égard.

Des facteurs de relativisation sont toutefois à prendre en compte: les impacts de la crise Covid (qui ont aggravé la situation); le fait que deux arrondissements ne disposent plus d’un chargé de prévention.

Enfin, rappelons que les services AMO s’étaient déjà inquiétés de ce que leurs moyens auraient dû être augmentés au vu de l’extension de l’âge de leur public à 22 ans et de leur mission de rédiger un diagnostic social (même si une augmentation a eu lieu, par exemple l’octroi d’un mi-temps administratif).

Néanmoins, la nécessité de réduire l’écart entre les ambitions qui sont devenues plus importantes et les moyens qui n’ont pas suffisamment augmenté est posée.

⇒ Les modes d’action qui ont été évoqués pour résoudre le problème

1. Agir sur les normes d’encadrement?

* L’enjeu des emplois Rosetta est cité comme lié à la problématique du renforcement des normes d’encadrement (en identifiant bien qu’il s’agit d’un financement non pérenne).

* Proposition est faite d’une autre allocation des (faibles) moyens de la prévention: les moyens dévolus aux appels à projets devraient être utilisés pour renforcer les frais de fonctionnement et d’encadrement des AMO.

* L’action sur les normes est aussi qualitative: la diversification des diplômes éligibles est présentée comme une solution, tant pour les AMO que pour les équipes des chargés de prévention, qui gagneraient à être davantage multi-disciplinaires.

2. Modifier la logique de l’appel à projets?

* Les appels à projets font en effet l’objet de très nombreuses critiques: ils sont très chronophages (ce qui a aussi un coût); ils génèrent une lourdeur administrative; ils introduisent une logique de concurrence entre pairs; ils génèrent des porte-à-faux (les AMO membres des CP sont juges et parties); ils poussent à une supposée «innovation» au lieu de pérenniser de bons projets (qui pourraient produire des effets, mais se trouvent abandonnés); ils peuvent introduire des ruptures relationnelles dans l’accompagnement (vu leur caractère changeant); leur temporalité abstraite peut aussi constituer un frein, d’autant qu’elle ne rencontre pas d’office les besoins et la temporalité des jeunes. Cela étant, il faut se rappeler que les appels à projets sont liés à des plans d’actions qui encouragent à la fois le fait de travailler à plusieurs, de manière cohérente et sur un territoire plus large que celui de chaque service local, mais également de manière intersectorielle, dimensions qui sont très importantes.

* Diverses pistes d’actions ont été évoquées en conséquence:

  • simplifier les procédures sans remettre en cause l’appel à projets;
  • définir, par rapport au budget alloué, un seul projet porté par tous les membres du CP;

  • rendre obligatoires des logiques de co-financement dans le cadre des appels à projets;

  • utiliser cet argent pour renforcer les moyens des AMO (en assortissant ce renforcement de critères ad hoc, comme l’obligation de partenariats).

* Par ailleurs, il est noté un recours de plus en plus important aux financements privés par les AMO. Il serait peut-être utile dans ce contexte d’objectiver les sources de financement et les obstacles qu’elles génèrent vu leur caractère fragile et aléatoire.

3. Recentrer les missions des AMO sur les situations de vulnérabilité (et non de désaffiliation)?

* Il s’agirait en fait de recentrer les missions des AMO sur les situations qui permettent d’éviter un basculement vers les situations plus graves (ce qui aurait un effet de désaturation?).

* Mais pour étudier la viabilité de ce scénario, il est indispensable d’étudier les rapports des acteurs des différents livres, ce qui est l’objet du chantier n° 3.

* Une telle évolution impliquerait un recentrage et une réflexion sur ce que recouvre réellement le terme «prévention»

4. Agir par la formation et l’information?

* La formation continuée et une amélioration conséquente de la politique d’information (pour tous et non seulement les responsables; meilleure circulation, etc.) pourraient aussi aider.

Dans les exposés du matin

* Valérie Devis avance un certain nombre d’arguments et d’exemples pour dépasser la segmentation du secteur, ainsi que des pistes d’articulation.

Voir les réponses aux deux premières questions qu’elle traite dans son exposé:

  • Un livre à part entière pour la prévention, est-ce que ça conduit de facto à une segmentation de l’action du secteur? (4’55-9’20)
  • Est-ce que l’existence même des livres 3, 4 et 5 signifie, voire consacre l’échec du livre 1? (9’21 – 15’44)

 

* Christine Mahy rappelle pour sa part que les personnes ne peuvent être découpées en morceaux par une approche bureaucratique mâtinée de néo-management:

«comment on construit du droit, comment on cesse de morceler les personnes en tranches de saucisson entre les services comme «clients» d’un endroit…» (voir le début de son intervention).

Dans les contributions reçues

Nous insistons ici sur les contributions qui se sont avancées à proposer des modes d’actions.

La contribution 7 pose le problème des normes et des moyens de façon chiffrée.
En ce qui concerne les pistes d’actions évoquées supra, certaines contributions apportent des éléments utiles à prendre en compte. Par ailleurs, on peut observer que les composantes 1., 2. et 4. sont présentées comme liées dans les contributions 32, 44 et 40.
Les contributions 14 et 31 développent une approche différente des précédentes, respectivement en matière de recentrement des missions et de formation.

Dans les entretiens effectués

T. Binczyk, M. Poncelet, J.-Y. Charlier, S. Daleidenne, N. Clarembaux et L. Defays évoquent dans leurs entretiens la question des relations entre les livres du Code.

Dans le rapport de l’atelier 1, il est noté que «Les AMO ne souhaitent pas être considérées comme «antichambre» à l’aide à la jeunesse, mais souhaitent être définies comme secteur à part entière.»

Commentaire additionnel – ces différents éléments permettent d’identifier une controverse sur laquelle il faudra sans doute se prononcer:

soit on privilégie un raisonnement qui met en avant la cohérence du secteur et reconnaît les apports réciproques des acteurs de tous les livres; soit on cherche la désaturation des AMO en allant vers un recentrement de leurs missions. Certes, ces deux pôles ne sont pas d’office exclusifs l’un de l’autre, mais ils désignent des horizons d’attente (par rapport aux autres acteurs) et des types d’effets recherchés différents (mieux baliser les collaborations pour les développer versus éviter les entrées dans le «système»). On peut se demander si une manière de sortir de la controverse ne consiste pas à articuler les deux pôles d’une manière pertinente.

Bien entendu, cette controverse concerne au premier chef le chantier 3, mais il n’est sans doute pas inutile d’étudier cette problématique lourde de conséquences à partir de deux angles d’approche différents.

Chantier 2

Comment optimaliser le «circuit» de la prévention?

Les composantes du chantier connues à l’issue du processus se clôturant le 13 mai

Dans le rapport de l’Atelier 4,
mais aussi dans une partie de l’atelier 3 et de l’atelier 1

⇒ Enoncé du problème à résoudre

Le Code a institué un «circuit» de la prévention qui peut se décrire comme une succession ascendante de relais: les DS des AMO; le DS des Conseils de prévention; les travaux du Collège; le rapport de celui-ci au gouvernement.

Il y a cependant plusieurs niveaux d’interpellation possibles, portés par des acteurs différents, qui ne sont pas tous nommés dans le Code (comme des collectifs d’AMO par exemple) et qui peuvent s’adresser à des niveaux de pouvoir différents.

Commentaire additionnel – On peut sans doute dire que certains de ces «acteurs» ont une fonction qui peut les rapprocher des «corps intermédiaires» qui peuvent faciliter les interactions dans le champ politique*.

Le circuit de la prévention est en fait constitué de nombreux chemins qui ne s’articulent pas d’office et peuvent souffrir de déperditions. Par exemple, on peut questionner ce qu’il en est du circuit «descendant»: ce qui revient du Collège vers le terrain. Tenir compte de l’ensemble des ces chemins et de leurs relations semble primordial.

En outre, l’optimalisation du circuit de la prévention passe sans doute par l’identification d’une diversité de problèmes comme:

  • il n’est pas toujours facile d’interpeller au niveau local (le cas des AMO dont le PO est un pouvoir public pouvant servir d’exemple emblématique): quelles stratégies, quel tiers facilitateur;

  • le lien avec les jeunes et les familles peut se perdre dans les opérations de relais vers un niveau supérieur;

  • la logique «ascendante» risque de générer des problématiques trop larges, trop générales, qui s’éloignent des réalités concrètes vécues par les jeunes et les familles, mais aussi des acteurs locaux qui les portent;

  • il y a un circuit «médiatique» à côté du circuit «politique»; attention cependant à ne pas faire basculer le travail d’interpellation dans une «logique de comm’» déconnectée de l’action.

Différentes causes ont aussi été avancées pour expliquer ces difficultés de «circuit» et de «chemins»:

  • la liberté méthodologique qui est laissée est une richesse, mais elle peut aussi constituer un gros facteur de déperdition;

  • il peut exister une difficulté à faire comprendre la logique de prévention et aussi à l’argumenter comme légitime aux yeux de l’opinion publique ou des médias; une définition de la prévention commune aux différents secteurs concernés n’existe pas;

  • le circuit de la prévention peut aussi être brouillé par des «doubles emplois» (par exemple avec le travail des commissions intra-sectorielles (CCI)).

* Note –  Pierre Rosanvallon caractérise en effet les corps intermédiaires comme des « institutions de l’interaction » (par exemple entre les élus et les citoyens).

⇒ Les modes d’action évoqués

Le premier consiste à rappeler le manque de pilotage de la prévention dans deux arrondissements faute de chargés qui occupent le poste créé), ce qui doit être corrigé pour que le circuit de la prévention puisse fonctionner a minima tel qu’il est prévu.

Le second rappelle l’importance de la représentativité des CP vis-à-vis de partenaires et conduit à recommander d’étudier le rôle qu’ils pourraient jouer pour des actions locales de prévention (point évoqué dans l’atelier 1) et comme opérateurs d’interpellation à ce niveau.

Le troisième évoque l’appui possible des agents de liaison, qu’il conviendrait d’implanter partout, ainsi que le rôle possible des CCI, dans lesquels on pourrait impliquer les travailleurs des services et pas seulement les directions.

Une quatrième suggestion indique l’intérêt de créer des liens entre les différents Conseils de Prévention ainsi que des liens entre ces CP et les autres organes de concertation du secteur.

Enfin, il conviendrait d’étudier la possibilité de formations intersectorielles à la prévention; l’idée émise est de les articuler sur les partenariats locaux existants.

Notons aussi qu’une articulation avec le chantier 6 paraît indispensable.

Dans les exposés du matin

L’expérience du RWLP avec les Témoins du Vécu et Militants (TVM) est citée comme un exemple de fonctionnement à suivre, dans la mesure où il ne laisse pas les jeunes et les familles en dehors des actions de prévention et de leur communication.

C. Mahy présente ce travail dans son exposé (21’11 à 26’09); voir aussi les interventions des TVM:

«Quelle prévention? Vécus, témoignages et propos militants».

Valérie Devis évoque quant à elle des exemples de circulation de l’information constitutifs du «circuit de la prévention», notamment le rôle des agents de liaison (11’07 -12’25), en se référant à l’entretien 11 (Muguette Poncelet).

Dans les contributions reçues

Nous insistons ici sur les contributions qui se sont avancées à proposer des modes d’actions.

La contribution 43 avance que «la multiplication des différentes réunions ou commissions régionales aboutit parfois à un “étouffement du réseau” par la multiplication de rencontres entre personnes identiques»; les contributeurs se demandent «Comment faire remonter les informations locales? Quid du Collège de prévention?»

La contribution 40 évoque un devoir d’information des partenaires qui incombe au secteur de l’aaj (et pas seulement aux AMO).

La contribution 44 (pts 3 et 4) suggère la création d’un «comité d’avis centre de ressources» pour les campagnes qui se déploient à un niveau supra-local et mettent aussi en avant le rôle de facilitateur que devrait endosser l’administration de l’aide à la jeunesse.

Dans les entretiens effectués

Katalijne van Diest (entretien 06) propose deux points concrets d’amélioration de la composition des CP et de la plate-forme aaj/enseignement; elle confirme les effets de déperdition dus à la multiplication des lieux inter-sectoriels.

Anne-Catherine Silvestri, agent de liaison (entretien 08), avance des suggestions concrètes pour améliorer la circulation de l’information requise par le «circuit de la prévention».

L’analyse transversale des entretiens évoque aussi des «obstacles à l’articulation» sur lesquels il faudrait travailler: «Trois obstacles à l’articulation».

Chantier 3

Comment clarifier le périmètre des actions de prévention pour éviter la saturation ou l’inefficacité? Quelles sont les relations entre les acteurs des différents livres du Code?

Les composantes du chantier connues à l’issue du processus se clôturant le 13 mai

Dans les rapports d’ateliers

Ce chantier recoupe le chantier 1 qui porte, lui, sur l’écart qui existe entre les ambitions du code et de son livre I et les moyens qui sont accordés à la prévention et plus spécialement aux services non mandatés.

Cependant, les angles d’approche des deux chantiers sont un peu différents, dans la mesure où le chantier 1 porte sur les moyens de l’action des acteurs du livre 1 (sont-ils suffisants, sont-ils adaptés?) tandis que le présent chapitre porte sur la signification et l’orientation des relations entre les acteurs de tous les livres et charrie par conséquent des questionnements en matière d’identité professionnelle.

Il reste que la situation d’écart entre les ambitions et les moyens de la prévention est notamment reliée aux attentes que les acteurs des autres livres nourrissent à l’égard des acteurs de la prévention.

 

⇒ Enoncé du problème à résoudre

Quels acteurs de l’aide à la jeunesse sont concernés par la prévention? Seuls ceux qui sont nommés dans le livre 1? Des apports des acteurs des autres livres sont-ils possibles, requis? Inversement, les acteurs du livre 1 ont-ils un rôle à jouer pour les jeunes et les familles concernés par l’aide et la protection?

Vue sous cet angle, la question du périmètre de la prévention peut être abordée à partir des rapports autorités mandantes / services non mandatés.

Pratiquement, on peut questionner par exemple les logiques de glissement de situations individuelles de l’aide spécialisée (SAJ, SPJ) vers un accompagnement des services AMO. Faut-il, pour les acteurs de la prévention, établir une frontière ferme et définitive en affirmant davantage son identité, avec le risque d’organiser de l’exclusion supplémentaire pour certains jeunes (qui seraient décrétés «inéligibles»? (par exemple vulnérabilité versus désaffiliation)? Comment, aussi, articuler au mieux les volets préventifs et curatifs? Comment mener des missions de prévention avant, pendant et/ou après une intervention des autorités mandantes?

De tels questionnements sont lié à l’identité professionnelle: mieux la spécifier, c’est restreindre le périmètre qui la concerne. Ce que l’on gagne en clarté se perd en ouverture, or c’est un point fort de l’identité AMO (ouverture à toute demande).

  • Quelles articulations entre autorités mandantes et services non mandatés?

  • Quels apports réciproques?

  • Quelle cohérence d’ensemble pour le secteur de l’aide à la jeunesse, avec quelles conséquences?

  • Quels pièges récurrents sont à éviter en matière d’articulation?

⇒ Les modes d’action évoqués

On peut d’abord traiter l’option stratégique globale de la prévention. Se donne-t-on un périmètre ciblé/restreint ou au contraire accepte-t-on de participer à une visée généralisée (dont les volets préventif et curatif constituent des dimensions qui, considérées comme complémentaires, peuvent dès lors être articulées).

Abordée dans sa globalité, la question touche

  • la définition du public (par exemple, l’option «restreinte» pourrait conduire à énoncer que le public des AMO concerne les jeunes «vulnérables», tandis que le public des autres livres est déjà sur la voie de la désaffiliation);

  • la visée de la prévention: l’option «restreinte» implique que la prévention a pour visée d’éviter les «entrées dans le système aaj»; l’option généralisée conduit à dire que la prévention concerne aussi l’évitement de la reproduction des situations qui ont conduit à une aide spécialisée ou à des mesures de protection.

Une autre approche, sans doute complémentaire de la première, traduirait l’option stratégique globale en questions concrètes, par exemple:

  • à quelles conditions des relais réciproques entre les acteurs peuvent-ils être mis en place?

  • quelles relations entre acteurs différents peuvent-elle être définies lorsque des situations sont connues des deux?

  • si on entre dans la logique des rapports réciproques, quelles sont les attentes respectives qui peuvent être jugées légitimes? Par exemple, dans le chef des AMO accepter d’être mobilisées pour éviter la reproduction des situations ayant nécessité aide ou protection? Dans le chef des acteurs de l’aide et la protection, collaborer de façon fiable au travail diagnostique?

  • en matière de pièges récurrents, comment éviter les logiques d’instrumentalisation et les logiques de «transmission de la patate chaude»?

On le voit, c’est vraiment la problématique de l’horizon d’attente en matière de prévention qui est en cause dans ce chantier: ce que l’on est en droit d’attendre en la matière, avec en ligne de mire, bien entendu, la question de l’évaluation.

Dans les contributions

La contribution 06 pose la question en termes préventif/curatif.

La 20 la reprend sous l’angle de l’adoptabilité d’un enfant (et apparie précocité de la protection et prévention); la 53 prend un point de vue similaire en termes de placement (notamment de fratries) et la 56 pose la même question à propos des services d’accompagnement: quels moyens en enjeux de prévention en SASE.

La 27 illustre, à propos des services de parrainage, la logique d’évitement de l’entrée dans le système.

La 28 relate une expérience de collaboration entre acteurs de la prévention et acteurs de l’aide.

Le point 2 de la contribution 40 aborde des relais entre acteurs des différents livres qui ne se font pas ou pas correctement.

La contribution 55 pose la question de l’articulation des acteurs à propos d’un public particulier: les jeunes filles mineures qui sont enceintes.

On le voit: sous différents angles, ces contributions posent concrètement des questions d’articulations qui donnent de la chair tant à la question stratégique globale qu’en matière d’attentes exprimées ou ressenties dans le chef des acteurs d’autres livres. Elles sont donc un excellent matériau concret possible et diversifié pour déployer le questionnement et l’argumentation.

A partir de là, c’est toute la question de savoir ce que doit signifier le «développement de la politique de prévention» qui est posée; elle peut aboutir selon les options à une décision de recentrement ou à une décision de généralisation, sans présumer ici qu’il faille choisir dans une logique de disjonction («c’est l’un ou c’est l’autre»).

Dans les entretiens effectués

De façon similaire, les entretiens 11, 15, 2 et 4 résument les analyses et points de vue des acteurs de l’aide et de la protection. On peut dire que l’orientation y est identique: plaider pour des apports réciproques dans une logique «généralisée».

Jean-Marie Delcommune (entretien 07) va dans le même sens, en qualifiant même le marqueur «mandaté/non mandaté» de «désuet».

Dans l’analyse des entretiens publiée sur le site www.assisesdelaprevention.be, les points 2 et 3 cartographient les actions de prévention à partir de deux axes: optique restreinte/optique généralisée; posture défensive/posture offensive, sans qu’il y ait la moindre connotation, négative ou positive qui soit associée à ces quatre termes.

Dans les exposés du matin

Valérie Devis traite cette question dans son exposé, dans les sections 1 et 2 de celui-ci.

Chantier 4

Comment installer et faire percoler un rapport égalitaire avec le public dans nos actions et dans les actions conjointes? A partir de là Comment construire une complémentarité avec tous les acteurs mobilisés pour les jeunes de 0-22 ans?

Les composantes du chantier connues à l’issue du processus se clôturant le 13 mai

Dans l’atelier n°2

⇒ Enoncé du problème à résoudre

La participation des jeunes et des familles aux actions et politiques qui les concernent est un axe fort pour le secteur de l’aide à la jeunesse. L’exposé des motifs du Code adopté en 2018 attire par exemple l’attention sur le principe fondamental suivant:

«Est ajouté le principe de la communication à l’enfant ou au jeune des décisions et informations qui le concernent dans un langage accessible (15°), condition préalable à sa participation, c’est-à-dire à la prise en compte de sa parole et, le cas échéant, à son droit de contester les décisions prises à son égard.»

Pour les actions menées dans le cadre du livre 1, une large gamme de participations a été envisagée

dans la réunion des contributeurs préparatoire à l’atelier n° 2. Le texte qui synthétise la réunion de travail distingue ainsi quatre dimensions sur lesquelles la participation peut porter:

  • l’information et les conditions préalables nécessaires à une vraie participation;

  • la participation à la révélation d’un problème; à son analyse; à sa communication;

  • la conception de l’action menée pour répondre au problème;

  • la réalisation de l’action.

Le texte pose aussi la question de la participation des jeunes et des familles à l’évaluation de l’action.

Soit une gamme de cinq domaines de participations.

Le texte réalisé à partir de la rencontre des contributeurs décrit déjà de façon fort détaillée une série de conditions et de suggestions pour favoriser ces types de participation*.

Pour autant deux défis sont pointés:

  • le fait d’arriver à réduire de façon effective le déséquilibre (de statut, de ressources, de crédit, etc.) qui sépare les professionnels des jeunes et des familles;

  • la nécessité de concevoir et de faire vivre des ajustements avec les partenaires qui ne considèrent pas d’office le jeune comme un sujet de l’aide ni comme un commanditaire de l’action.

Commentaire additionnel – C’est Marcel Hicter, haut fonctionnaire de l’administration de la Culture en Communauté française, qui avance dans les années 70, au nom d’une visée de démocratie culturelle, que l’animateur doit se mettre au service du groupe et considérer celui-ci sur le même pied que son employeur: le groupe au service de qui l’animateur se place doit pouvoir se comporter comme commanditaire de l’action de l’animateur. On trouve un écho fort de cette logique chez les AMO qui s’estiment «mandatées par le jeune».

* Note Texte fourni en annexe (consulter).

⇒ Les modes d’action évoqués

Dans le rapport au groupe concerné

En complément du texte évoquant les différentes modalités de participation, les participants à l’atelier du 13 mai se sont interrogés sur la manière de légitimer la participation des personnes qui ne se sentent pas autorisées à participer; ils ont évoqué l’intérêt d’un partage d’expériences à ce sujet à des fins d’exploration, notamment sur la méthodologie utilisable pour que l’enjeu de la participation fasse sens auprès des premiers concernés.

Un autre élément à investiguer concerne la «pédagogie de la participation»: il est important en effet de discuter avec les publics concernés de ce qu’on peut attendre d’une expérience de participation; ce ne sont pas d’office des résultats directs et immédiats qui peuvent être attendus et il est important d’en discuter avec les groupes pour éviter des malentendus ou des frustrations inutiles.

Dans la même lignée, une réflexion comparative sur les outils favorisant la participation a été jugée utile. Certains outils semblent plus répandus ou plus connus que d’autre (par exemple l’échelle de Hart), mais sont-ils les seuls et sont-ils les plus pertinents?

Il a ainsi été suggéré de partir du modèle élaboré lors de la réunion avec les contributeurs et de partager les expériences dans chacune des dimensions évoquées.

Une autre question proposée à l’investigation est la suivante: à quelles conditions les professionnels peuvent-ils se sentir et être perçus comme légitimes pour porter la parole des jeunes?

L’exemple des facilitateurs en prévention des inégalités exposé par le RWLP est jugé inspirant, mais il pose une question plus large: qu’en est-il de la question de la rémunération éventuelle de ceux qui s’engagent dans une participation?

Enfin, il a été jugé utile de s’interroger sur les manières de favoriser la participation dans les lieux déjà existants.

Dans le rapport aux partenaires

La préoccupation principale à ce sujet est de trouver les moyens de dialoguer avec les partenaires des actions de prévention sociale qui ne considèrent pas les jeunes comme les commanditaires légitimes des actions de prévention, avec les partenaires qui ne cherchent pas à établir un rapport égalitaire avec leurs bénéficiaires.

Il ne semble en effet pas facile de trouver un «langage commun» en matière de prévention et de participation.

Dans les contributions

Nous avons déjà souligné l’important travail réalisé avec les contributeurs qui se sont réunis pour préparer l’atelier du 13 mai.

Nous rappelons ici les contributions qui ont nourri cette réflexion; il s’agit la plupart du temps d’expériences de participation qui sont décrites. Voir les contributions 8, 10, 17, 19, 21, 22, 23, 37, 47, 49.

Le site www.assisesdelaprevention répercute par ailleurs 6 expériences participatives qui peuvent jouer un rôle similaire aux contributions.

Dans les entretiens effectués

L’entretien de L. Genin, de Vie Féminine (entretien 02), expose entre autres un exemple de participation des femmes à l’analyse d’un problème vécu (les violences institutionnelles en aide à la jeunesse). Mais elle mobilise aussi un critère de protection des personnes, ce qui conduit Vie Féminine à assumer un rôle de porte-parole dans une série de circonstances: la participation n’impose pas une présence à tous les moments de l’action.

Alexandre Ansay du CBAI (entretien 12) donne un exemple critique de partenariat où les jeunes ne sont pas abordés comme des commanditaires, ce qui confirme la problématique de la participation dans le rapport aux partenaires.

Luc Vandormael (entretien 01) indique une piste qui pourrait être suivie pour traiter cette question: un travail intersectoriel, comparatif et bienveillant, portant sur les postures professionnelles des uns et des autres.

Dans les exposés du matin

Le début de l’intervention de Christine Mahy expose le rôle des témoins du vécu, des militants et des facilitateurs/trices au sein du RWLP. Elle met ainsi en perspective la vidéo participative qui a été projetée avant son exposé où des jeunes et des mères, soumises à une situation de pauvreté, font part de ce que doit être pour elles une politique de prévention.

Enfin, Jean Blairon présente le processus des assises lui-même comme un processus «dialogique» (pour reprendre ce terme de Michel Callon); un tel processus permet aux «profanes» de participer à l’évaluation d’une politique. Les conditions en matière de participation que doit rencontrer un tel processus dialogique sont précisées dans son exposé.

Chantier 5

Quels sont les obstacles fréquents dans le travail avec les autres et comment les contourner? Comment construire des partenariats adaptés et des alliances mobilisatrices? Comment mieux ouvrir aux partenaires intersectoriels?

Les composantes du chantier connues à l’issue du processus se clôturant le 13 mai

Dans le rapport de l’atelier 5

⇒ Enoncé du problème à résoudre

Les participants constatent qu’un concept commun de la prévention n’existe pas, chaque secteur ayant sa propre définition, conception, son propre lexique.

Cette absence signe par ailleurs une situation plutôt générale de méconnaissance réciproque, ce qui ne favorise évidemment pas les actions communes ou partagées ni les collaborations et mobilisations.

Cette situation de méconnaissance se joue par ailleurs dans un contexte institutionnel saturé, que nous avons désormais coutume de qualifier de «lasagne institutionnelle».

Chaque initiative (celle des assises n’échappant sans doute pas à la règle) prise par les agents d’un secteur risque dans un tel contexte d’apparaître aux yeux des autres secteurs comme auto-centrée et donc comme peu légitime.

Par ailleurs, de nouvelles réglementations comme le RGPD mais aussi le secret professionnel, le devoir de réserve peuvent rendre les collaborations difficiles, sans compter les déontologies qui peuvent être différentes d’un secteur à l’autre.

D’autres freins sont identifiés:

  • le temps nécessaire pour construire une collaboration en pleine connaissance de cause;

  • le fait que les actions communes doivent s’inscrire dans le cadre d’appels à projets faiblement dotés produit la multiplication de «projets confetti», cet émiettement ne favorisant pas les alliances, pas davantage que le fait que ces projets sont toujours construits dans l’urgence;

  • la mise en concurrence pour des ressources très faibles s’ajoute à ces fonctionnements; tout cela ne facilite pas la co-construction et l’établissement d’une connaissance réciproque des partenaires qui serait durable.

⇒ Les modes d’action évoqués

Quels sont les modes d’action qui ont été avancés comme possibles pour résoudre le problème rencontré?

Sans que cela ait été évoqué totalement explicitement, la résolution du problème traverse une controverse: faut-il préalablement bien se connaître pour agir de concert ou mise-t-on sur des actions communes pour produire de la connaissance et de la reconnaissance réciproques?

Les débats en atelier penchent clairement vers la deuxième branche de la controverse: c’est en partageant les actions et les initiatives, dans une logique «gagnant-gagnant» qu’on fera progresser la connaissance et la reconnaissance. C’est à un niveau local que cela doit se passer.

Toutefois, les participants attendent aussi que les pouvoirs publics amorcent un décloisonnement de leurs actions: «Décloisonner en haut pour favoriser les synergies en bas» est le mode d’action requis aux yeux des participants; certains critiquent le travail «en silos», qui peut aller jusqu’à des tentatives par chaque administration d’imposer sa propre charte graphique!

Cette logique de décloisonnement devrait conduire les choix budgétaires: en matière d’actions de prévention à subventionner, il vaudrait mieux renforcer l’existant que promouvoir des nouveautés à répétition; pérenniser, plutôt que renouveler sans cesse.

L’exemple des cellules de concertation locales est avancé, pour souligner qu’elles n’existent pas partout et devraient peut-être faire retour de leurs travaux vers des groupes inter-sectoriels.

De même, les Conseils de Concertation intra-sectoriels (CCI) et les agents de liaison semblent des ressources trop peu exploitées.

Enfin, l’ouverture à l’inter-sectorialité devrait commencer dès la formation initiale des travailleurs sociaux (modules transversaux) et se poursuivre par des actions de formation continuée.

Dans les contributions reçues

Les composantes du problème à résoudre ont été abordées dans de nombreuses contributions (les contributions n°3, 4, 5, 11, 12, 13, 18, 24, 25, 26, 29, 36, 38, 39, 50, 54, 55, 58, 61, 64) .

De nombreuses initiatives locales sont exposées, qui pourraient le cas échéant servir d’études de cas comparatives, par exemple:

  • dans le secteur du logement (3, 29, 36, 58, 61)
  • dans le secteur de l’enseignement (5, 18, 24)
      •  

Dans les entretiens effectués

Les obstacles suivants ont été identifiés par les personnes interrogées:

* les résistances des services dues à la tentation de garder captif leur public;

* les normes imposées aux services qui ne sont pas d’office adaptées à l’ouverture aux autres secteurs et à la prise de risque;

* les tentations hégémoniques qui peuvent traverser les coordinations (Christine Ramelot, entretien 14 et Luc Vandormael, entretien 01).

K. Van Diest indique les risques de concurrence (entretien 06) et V. Dupas évoque la saturation produite par la multiplication des plateformes (entretien 05).

On trouve surtout dans les entretiens réalisés un grand nombre de suggestions en matière de modes d’actions possibles pour résoudre les problèmes posés.

Les modes d’actions suivants ont été pointés:

* L’invitation adressée aux acteurs du livre 1 et aux acteurs de la prévention de systématiser les partage d’infos pour diminuer les déperditions (le chantier 6 abordera ce point).

* Par rapport aux normes imposées aux services, le CBAI recommande de leur laisser plus de marges de manœuvre institutionnelles (entretien 12) ; le «dossier unique» préconisé par C. Ramelot constitue un exemple pratique allant dans ce sens et dans celui du décloisonnement.

* Par rapport au soutien apporté par les pouvoirs publics, le décloisonnement serait traduit de manière pratique par le recours aux co-financements et par le soutien aux expérimentations existantes plutôt que par l’élaboration de vastes plans abstraits (C. Ramelot, entretien 14).

* M.-H. Bodart (entretien 10) constate que les plateformes aaj/enseignement sont trop peu fréquentées par les agents du secteur de l’enseignement; elle prône une participation obligatoire, la participation volontaire se révélant d’après elle un modus operandi insuffisant.

* Enfin, plusieurs personnes insistent sur la nécessité de trouver à concevoir et définir un modèle d’articulation entre services de secteurs différents, entre acteurs publics et acteurs associatifs qui ne soit pas de nature hégémonique.

Cette attente porte à la fois sur le registre «politique» (de prise de décisions) et sur le registre «symbolique» (qui concerne la posture relationnelle, par exemple éviter l’attitude du «donneur de leçons» ou l’attitude auto-centrée). (Cfr les entretiens de L. Vandormael (entretien 01), C. Ramelot (entretien 14) et J.-M. Delcommune (entretien 07).

Ce dernier point interroge évidemment aussi le fonctionnement des Conseils de Prévention.

Dans l’analyse des entretiens

La conclusion de cette analyse réalise une première catégorisation des alliances possibles:

  • les alliances d’acteurs venant de secteurs différents mais œuvrant pour un même public (exemple: la prévention du sans abrisme);

  • les alliances d’acteurs venant de secteurs différents mais œuvrant pour une même mission (exemple: la prévention éducative pour la petite enfance, pour l’aaj et l’ONE);

  • les alliances portant sur une catégorie d’action (exemple: la lutte contre les violences institutionnelles produites par la promotion systématique de la médiation, alors qu’elle est contre-productive en cas de violence conjugale, alliance aaj/éducation permanente).

Dans les exposés du matin

Valérie Devis aborde la question des collaborations inter-sectorielles de manière très fouillée, en tirant toutes les conséquences organisationnelles que de telles collaborations impliquent (17’44 jusque 26’21).

Christine Mahy donne dans son exposé (à partir de 06’30’’) plusieurs exemples d’actions qui sont portées ou susceptibles d’être portées par de larges alliances et qui vont se mener dans les mois qui suivent: la lutte pour le retrait du statut de cohabitant; des revendications en matière de mobilité, des actions pour limiter le non-recours aux droits en matière de bourses d’étude par exemple. Autant de luttes qui peuvent inspirer les réflexions sur les partenariats adaptés et les alliances mobilisatrices.

Chantier 6

Comment professionnaliser la communication à propos de la prévention? Comment centraliser la communication sur les réalisations pour assurer plus de visibilité et d’accessibilité?

Les composantes du chantier connues à l’issue du processus se clôturant le 13 mai

Dans les rapports des ateliers 2 et 4

⇒ Enoncé du problème à résoudre

Dans un contexte où il n’y pas d’accord entre acteurs (notamment issus de secteurs différents) sur une version commune de la prévention (voir le chantier 5), la légitimité de la politique de prévention définie dans le livre 1 est entre autres liée à la visibilité des actions qu’elle inspire.

Or il faut déplorer en la matière une dispersion (due à un manque de cohérence de ce qui est mis en avant) et une déperdition (la connaissance de ce qui est mené comme actions se perd trop souvent en route).

Il s’ensuit quel le succès de la politique de prévention promue dans le livre 1 du Code de 2018 passe entre autres par une amélioration de la visibilité de ses actions, qui est absolument nécessaire.

⇒ Les modes d’action évoqués

  • Les participants aux ateliers ont évoqué une centralisation de l’information en matière de prévention et surtout d’actions de prévention; une telle centralisation semble la condition d’une meilleure circulation de l’information, dans tous les services et pour toutes les fonctions que ceux-ci comprennent.
    On espère aussi de cette centralisation/systématisation un effet d’inspiration (vu les initiatives prises par les uns et les autres) et de gain de temps (une communication systématisée permet d’éviter à tel ou tel acteur de devoir «réinventer la roue» à son insu).

  • Un autre point d’insistance concerne une communication qui s’assume dans la durée au lieu de procéder par réalisations ponctuelles: en matière d’actions, la communication de petites victoires intermédiaires, comme celle de changements obtenus grâce l’investissement des jeunes doivent être investies.

  • Une communication plus efficace est aussi celle qui s’adresse au public qui ne fréquente pas d’office les actions de prévention, notamment celles menées par les AMO.
    Pragmatiquement, la création d’un ou de plusieurs postes de chargé(e)(s) de communication en prévention a été soutenue, à charge pour le chantier de trouver le niveau appropriée (la division? l’arrondissement? Une option plus décentralisée qu’un poste à l’administration centrale a en tout cas été envisagée).

  • Toutes voies et moyens d’optimalisation du processus de circulation de l’information en matière d’actions de prévention paraissent les bienvenues, à condition toutefois d’éviter une dérive de type «communication/marketing»: il faut rester sur le sens des projets.

Dans les contributions reçues

Si nous nous en tenons aux contributions qui évoquent des modes d’action, nous pouvons épingler la contribution 44, qui demande un soutien en matière de communication de la part de l’administration, ainsi qu’un soutien plus particulier (comité de pilotage par exemple pour les campagnes d’interpellation ou de sensibilisation par exemple).

La contribution 60 souligne la nécessité d’un chargé de communication en prévention par division, tandis que la contribution 59 attire l’attention sur la nécessité de mettre en lumière les «petites» interpellations à un niveau local.

Dans les entretiens effectuées

Anne-Catherine Silvestri (entretien 08) analyse que nous n’avons pas affaire à un défaut de communication, mais à un défaut de communication dans un contexte de pléthore d’informations.

Elle plaide en conséquence pour une communication in vivo, accompagnée, et par la production d’informations appropriables, c’est-à-dire brèves, allant à l’essentiel (par exemple en matière de diagnostics sociaux).

Jean-Marie Delcommune (entretien 07) constate que le secteur pèche souvent par manque de systématisation et de suivi, ce qui est peu propice à l’engrangement de victoires significatives.

Muguette Poncelet (entretien 11) insiste pour que la politique de prévention s’incarne dans des exemples concrets qui la matérialisent.

Dans les exposés du 13 mai

La Ministre Glatigny a insisté sur l’importance de la visibilité de la prévention.

Celle-ci peut se manifester:

  • en tant qu’impacts sur le bien-être à venir des jeunes, de leur familles, de leurs familiers…;

  • en termes de réduction du nombre de jeunes en difficulté ou en danger;

  • en termes d’extension du nombre de champs d’action investis par les actions de prévention.

 

Chantier 7

Comment transformer une action de prévention en question publique?

Les composantes du chantier connues à l’issue du processus se clôturant le 13 mai

Dans le rapport de l’atelier 4 et la préparation de l’atelier 3

⇒ Enoncé du problème à résoudre

Ce chantier pose le problème suivant: comment apporter des réponses sociales à des questions sociales, réponses qui soient durables et structurelles?

C’est en quelque sorte un troisième volet de la prévention sociale qui est ainsi évoqué:

  • alors que le chantier 6 insiste sur la nécessaire communication entre acteurs, ne serait-ce que du livre 1, pour qu’ils puissent se parler et se concerter;

  • et que le chantier 5 aborde les problèmes des mobilisations et des alliances intersectorielles;

  • le chantier 7 peut être considéré dans la dimension de l’adoption (au-delà des promoteurs) des questions sociales posées et de la formulation de celles-ci en réponses sociales et politiques.

C’est sans doute d’une telle formulation que dépend la possibilité d’«agir sur les violences de structure».

Un certain nombre de faits sociaux constatés appellent en effet des mesures structurelles en amont de ceux-ci, une transformation des conditions de vie qui sont caractérisées par de fortes inégalités et produisent de la vulnérabilité.

⇒ Les modes d’action évoqués

La capacité à transformer une action de prévention en question publique adoptée par d’autres que le cercle immédiat concerné et prise en compte en termes de réponses implique sans doute une série de conditions à réunir. L’atelier a mis en avant les suivantes:

  • la capacité à partir du vécu individuel et collectif pour poser la question sociale, à l’instar des facilitateurs.trices en prévention des inégalités et des Témoins du vécu militants du RWLP dans la vidéo présenté le matin du 13 mai;

  • la capacité à traduire la question sociale en problème politique, en interpellation politique;

  • la capacité à mobiliser sur le terrain pour donner du poids à l’interpellation;

  • la nécessité pour les professionnels de développer un militantisme;

  • l’intérêt de pouvoir disposer d’une formation sur un certain nombre de dimensions de ce processus de transformation en question publique.

Commentaire additionnel – Remarquons que ce chantier apporte un nouvel éclairage, en quelque sorte, à l’avis n° 50, qui invitait à agir sur les «violences d’interaction» relayant les violences de structure. Ici l’ambition est aussi d’agir sur les violences de structure en tant que telles.

Dans les exposés du matin

L’exposé de Christine Mahy aborde centralement cette question, qu’elle situe dans la logique d’une «prévention naturelle», capable de produire du droit.

C. Mahy expose d’abord comment travaillent les facilitateurs.trices en prévention des inégalités et les militants du RWLP.

Elle donne ensuite une série d’exemples de revendications structurelles, notamment une interpellation à propos de la mobilité réalisée avec le collectif Interpell’amo. Cette expérience et d’autres citées pourraient sans doute servir de base à une sorte de modélisation qui pourrait aider à répondre au problème qui est à résoudre.

Dans les contributions reçues

La contribution 01 insiste sur la nécessité, pour répondre au problème posé, de prendre en compte la dimension du modèle de société qui traverse, informe et pèse sur les conceptions de l’action.

La contribution 03 communique un exemple de tentative du passage d’une action locale à une action généralisée, adoptée par d’autres et qui affronte le facteur nombre; le projet «Salto» se refuse en effet de se satisfaire de réponses ponctuelles ou isolées.

La contribution 04, du RWLP, déplie bien la question posée dans ce chantier: comment coaliser les forces et les expertises pour obtenir des changements structurels.

Dans les entretiens effectués

L’entretien 17 apporte une objection à ce débat:

«S’il est nécessaire et légitime de lutter contre les conditions de vie déplorables qui frappent trop de citoyens et de familles, on peut se demander si le secteur de l’aide à la jeunesse est bien en mesure, avec ses moyens limités, d’obtenir de telles transformations qui sont du ressort des politiques globales.»

Chantier 8

Comment évaluer les actions de prévention?

Les composantes du chantier connues à l’issue du processus se clôturant le 13 mai

Dans le rapport de l’atelier 3

⇒ Enoncé du problème à résoudre

Ce chantier a émergé pendant les travaux préalables au 13 mai et dans l’atelier 3.

Les discussions dans l’atelier posent l’évaluation des actions de prévention comme un défi qui n’est pas insurmontable.

La diversité des pratiques entre les services ne rend certes pas la tâche aisée et il faut savoir si on parle d’évaluation de la politique de prévention ou si on parle de l’évaluation des services qui ont la prévention pour mission.

Il reste, Pedro Ferreira y a fortement insisté, que l’évaluation est un élément vital de légitimité pour les acteurs du livre 1 et, au-delà, pour le secteur de l’aide à la jeunesse.

L’évaluation vient en effet compléter le chantier 6 qui met en avant la nécessité de la visibilité des actions de prévention. Ici, il s’agit d’opérer un retour réflexif sur ces actions pour interroger leur pertinence.

⇒ Les modes d’action évoqués

Les participants de l’atelier ont décliné l’enjeu de l’évaluation en quelques questions.

  • Quel est l’impact du secteur de la prévention sur le terrain depuis 1991?

  • Quelles sont les grandes victoires et les grandes défaites de la prévention?

  • Comment quantifier les jeunes et les familles concernés?

  • Quels sont les résultats concrets et tangibles qui peuvent être mis en avant?

  • Comment distinguer résultats et processus?

Par ailleurs, les rapports d’activités des services ont été présentés comme un matériau riche et pertinent pour un travail d’évaluation. La question de leur mode d’exploitation est donc posée.

Dans la discussion qui a entouré le vote pour les 3 chantiers prioritaires, Pedro Ferreira a aussi proposé quelques balises:

  • distinguer contrôle et évaluation;

  • éviter le piège de critères uniquement quantitatifs;

  • définir des critères intelligents pour mesurer les impacts et effets des actions;

  • chercher les liens de causalité et de corrélation pour évaluer les actions.

Dans les entretiens effectués

Stéphane Sacco (entretien 09) joue un rôle au sein de l’administration centrale en matière de management de l’action du secteur.

Elle interroge la pertinence, pour évaluer les actions de prévention, des raisonnements habituels: objectifs stratégiques et opérationnels; indicateurs de résultats.

Jean- Marie Delcommune partage des réflexions qui contiennent des éléments de sens qui permettraient d’interroger la pertinence des actions.

  • N’y a-t-il pas des publics négligés (petite enfance par exemple) ou considérés de façon trop restreinte (que définit-on comme public vulnérable? Celui qui a croisé l’aide à la jeunesse?)?

  • Quelle articulation des acteurs (publics et privés; de secteurs différents)?

  • Quelle posture de mobilisation est mise en œuvre par ceux qui prennent l’initiative de l’action?

  • Quelle circulation de l’information?

  • Y a-t-il eu décloisonnement aussi au niveau des financements et normes de financement édictées par les pouvoirs publics?

Dans les exposés du matin

Valérie Devis insiste sur l’importance de l’évaluation des politiques publiques (15’45 – 17’44).

Elle pointe la faiblesse des raisonnements habituels en la matière et indique que c’est bien en termes d’impacts et d’effets sur les trajectoires des jeunes qu’il faut raisonner.

Jean Blairon indique quant à lui des catégories d’effets qui pourraient soutenir une évaluation des actions de prévention:

  • des violences peu visibles sont révélées, de telle façon qu’elles puissent être mises à l’agenda d’une discussion avec les professionnels concernés et initier des actions conjointes;

  • des occasions sont créées pour celles et ceux qui en manquent et ces occasions ne sont pas squattées par celles et ceux qui en ont moins besoin;

  • des causes structurelles agissantes sont combattues avec quelques succès; ces victoires donnent des chances à une prévention naturelle de se produire dans des proportions suffisantes.

Dans l’analyse des entretiens

Le point 1 de cette analyse «Une question générique: la légitimité de la nouvelle politique de prévention» aborde directement la question de l’évaluation.

Cette section propose une distinction entre contrôle et évaluation, à la suite de J.Ardoino et G.Berger et propose de définir, en matière d’«indicateurs» des «référants», selon le mot des auteurs.

La section 1 comporte des exemples de référants aptes à structurer une démarche d’évaluation.

Annexe

Pièce à casser
Chantier 2 «Quelle participation des populations concernées à nos actions de prévention?»

La participation des jeunes et des familles à nos actions de prévention est une valeur incontournable: travailler pour implique de travailler avec.

Pour autant, cette participation ne va pas de soi: des questions de méthode, de rythme, de posture, de medium se posent. Il faut sans doute éviter aussi de faire porter sur les épaules des jeunes et des familles une charge qui appartient aux professionnels. Deux écueils semblent aussi à éviter: réduire la parole à la communication d’une opinion ponctuelle; survaloriser ce qui n’est qu’une opinion.

C’est sans doute en réfléchissant ensemble à des expériences concrètes que l’on peut le mieux définir les voies et moyens comme les conditions d’une participation effective.

Comme le montrent les contributions reçues, la participation peut porter:

  • sur l’information et les conditions préalables nécessaires à une vraie participation;

  • sur la participation à la révélation d’un problème; à son analyse; à sa communication;

  • sur la conception de l’action menée pour répondre au problème;

  • sur la réalisation de l’action.

Nous n’avons pas identifié de contributions particulières quant à la participation des jeunes et des familles à l’évaluation de l’action. Peut-être serait-il intéressant de se questionner sur ce point?

Sur base du travail réalisé par le Comité de pilotage et l’ASBL RTA, en particulier Jean BLAIRON et Oleg BERNAZ, et après validation des contributeurs, nous voulons soutenir la réflexion collective que nous mènerons ensemble le 13 mai 2022.

Dans cette optique, Anne Sophie FONTAINE et Martine NOTHOMB ont établi une première pierre à casser quant aux échanges d’expériences, aux questions à instruire ou aux analyses d’une expérimentation ou d’une mise en œuvre autour de la thématique de la participation pour établir des faisceaux de questions ou de balises que les contributeurs ont validé.

Aujourd’hui, et donc avant la rencontre du 13 mai, cette pierre à casser est soumise à votre réflexion et à votre avis pour réfléchir collectivement à la mise en chantier d’une ou de plusieurs questions prioritaires sur cette thématique de la participation des publics concernés dans la mise en œuvre de la prévention.

Celle-ci sera la première marche du processus de réflexion collective durant ces Assises de la Prévention.

1/ Quelles sont les conditions préalables nécessaires à une vraie participation?

  • Identifier et instaurer les méthodes de positionnement et de questionnement pour rencontrer les jeunes et les intervenants de n’importe quel secteur afin de réfléchir à la mise en place d’une action de prévention.

  • Faciliter la participation en s’appuyant sur un lien préalable/préexistant avec le public (jeunes, familles) concerné.

Des jeunes peuvent en effet être plus motivés à s’inscrire dans une démarche participative s’ils se trouvent dans une relation de confiance avec les travailleurs sociaux. Une expérience commune positive ayant rassemblé travailleurs sociaux et jeunes peut constituer un terrain fertile à la participation.

  • Identifier le lieu propice à constituer le point de départ de la démarche participative.

Quel groupe, quel cadre, quel contexte, quelle activité préexistante?

  • Identifier les moments/temps de la participation.

A quelle(s) étape(s) de l’action la participation est-elle envisagée? Le public concerné doit-il obligatoirement participer à chacune des étapes?

  • Faire exister dès le départ de la relation un rapport égalitaire entre le public invité à participer et les travailleurs sociaux qui l’accompagnent.

A priori, personne ne détient le savoir, personne n’a tort ou raison. La parole de chacun a de la valeur. Les travailleurs sociaux peuvent proposer des techniques, des méthodes, des outils mais les experts du contenu, ce sont les personnes directement concernées. Comment partager un même langage, instaurer un dialogue d’égal à égal?

  • Identifier les voies utilisées et les moyens mis ou à mettre en œuvre pour développer l’information préalable et nécessaire aux actions de prévention:

    • Informer les jeunes et les familles des aides sur le territoire.
      Quels réseaux sont actifs ou à activer? Quelle est la visibilité des services sociaux en aide générale et en aide spécialisée de première ligne?
    • Clarifier les visions du réseau psycho-social, culturel et sportif (loisirs) pour favoriser la compréhension, l’émancipation, réduire les inégalités, l’isolement et informer les jeunes des services et institutions auxquels ils pourront s’adresser et où ils pourront faire valoir leurs droits.

  • Éviter l’écueil de construire d’entrée de jeu (à l’échelle d’un service, d’un secteur ou d’un pouvoir subsidiant) des projets sans y associer les personnes concernées (jeunes et/ou familles), sans au minimum les consulter, écueil parfois renforcé par la logique d’appel à projets.

  • Baliser le processus de participation afin de pouvoir le généraliser, sans le rigidifier.

  • Anticiper, dès le départ, les frustrations que le processus de participation peut générer et faire preuve de pédagogie vis-à-vis des jeunes et des familles à ce sujet.

  • Associer les jeunes à la démarche d’interpellation, au niveau local, régional, communautaire. Les soutenir et les accompagner dans cette démarche.
    Décoder avec eux les cadres et limites de ce qui est possible, envisageable, réalisable.
    Revoir la manière de bien informer les jeunes des pistes envisagées ou non au niveau local, régional, communautaire par les institutions, par le politique, quant aux pistes envisagées, aux solutions nouvelles, aux changements qui s’opèrent.
    Souligner leur rôle dans ces changements.

Ce point de vigilance prend particulièrement sens s’il s’agit d’associer des jeunes à une démarche d’interpellation. Les travailleurs sociaux et les interlocuteurs institutionnels ou politiques doivent pouvoir:

      • exprimer aux jeunes qu’ils les ont bien entendus;
      • leur renvoyer ce qu’ils vont pouvoir apporter comme éléments de réponses;
      • expliquer pourquoi certains changements ne peuvent être opérés suite à l’interpellation de jeunes.

Une démarche d’interpellation à un niveau plus local amène parfois moins de frustration car les réponses sont plus proches, plus concrètes, plus palpables.

 

2/ Comment favoriser la participation à la révélation d’un problème, à son analyse et à sa communication?

  • Éviter de démarrer un processus de participation au départ d’une opinion ponctuelle, d’un événement exceptionnel, d’un point de vue isolé ou d’un postulat erroné. La démarche d’analyse doit être entamée dès le démarrage du travail de consultation pour éviter cet écueil.

Il est également intéressant de s’appuyer sur les diagnostics sociaux des AMO et des conseils de prévention, qui doivent eux aussi rapporter et/ou refléter à tout le moins la parole, les besoins et les attentes des enfants, jeunes et familles.

⇒ A Révélation d’un problème
  • Cerner les besoins du public jeune concerné au départ d’un travail de consultation (recueillir la parole, le vécu, les attentes), consultation qui peut prendre diverses formes en fonction du public concerné.

Il s’agit de favoriser et soutenir l’expression des jeunes et des familles comme outil de prévention.

  • Créer des espaces, des lieux pour recueillir la parole, le vécu et les attentes des jeunes et familles.

  • Faire preuve de pédagogie, d’humilité et de franchise vis-à-vis des personnes au moment où elles sont consultées.
    Pour éviter un phénomène de frustration, de lassitude ou de déception, les personnes consultées peuvent avoir besoin:

    • de savoir dans quelle visée elles sont consultées;
    • de savoir si elles seront associées ou non à de potentielles actions qui découleraient de cette consultation;

    • d’être prévenues que l’impact de leur consultation, de la révélation de leurs besoins ne sera peut-être pas directement perceptible à leur niveau.

⇒ B Analyse du problème
  • Lorsque des premiers besoins apparaissent, mener un travail exploratoire sur ce qui s’est déjà fait ailleurs, ce qui aurait été produit par d’autres à ce sujet afin d’éviter de perdre du temps à refaire ce qui existe déjà par ailleurs.

Ce travail exploratoire pourrait contribuer à donner de la légitimité à ce qui préexiste et permettrait par ailleurs de vérifier qu’on ne part pas d’un constat erroné. Où peut-on trouver ces informations en tant que professionnels ou en tant que jeunes?

  • Favoriser l’émergence d’une indignation collective qui peut servir de moteur à la mobilisation.

Travailler autour d’une thématique en lien direct avec le vécu, les attentes ou les besoins des jeunes et des familles.

⇒ C Communication
  • Rendre l’analyse abordable et s’appuyer sur des supports accessibles et didactiques (outils de sensibilisation, d’interpellation sociétale et politique) si la volonté est de pouvoir y impliquer les jeunes ou familles concernés.

3/ Comment favoriser la participation à la conception de l’action menée pour répondre au problème?

  • Pour passer de l’indignation à la conception de l’action, recourir à des techniques pour stimuler l’intelligence collective.

Partir d’une page blanche est parfois insécurisant. Un petit noyau de personnes pourrait dès lors travailler à la rédaction d’une première proposition à soumettre ensuite à une assemblée (un groupe) plus élargie.

  • S’inscrire dans un modèle de propension, réfléchir en termes de cheminement, de processus, plus qu’en termes de résultats.

  • Comme évoqué précédemment, pour éviter déception ou frustration, faire preuve d’humilité et de prudence dans les effets/résultats souhaités et attendus.

4/ Comment favoriser la participation à la réalisation de l’action?

  • Tout au long du processus, s’adapter aux modalités, aux codes et au rythme des jeunes/des familles.

Leur imposer une logique instrumentale et une temporalité institutionnelle peut nuire à la continuité de la participation.

  • Recourir à différents médiums pour rendre la participation plus effective, ludique et fluide.

Dans la conception de l’action comme au cœur de sa réalisation, on peut donc retrouver divers supports tels que le théâtre, la musique, la vidéo, le sport, etc.

  • Réfléchir sur la diffusion des supports et outils réalisés et envisager la participation des enfants, des jeunes, des familles à cette diffusion.

  • Donner priorité à la temporalité et au rythme des jeunes et des familles.

Le rapport au temps occupe une place centrale dans la réalisation de l’action. Un point de vigilance est de pouvoir, quand cela s’avère utile, se détacher de la temporalité «institutionnelle» (liée à l’organisation des services, aux logiques de subventionnement, etc.). Les travailleurs sociaux veillent donc à apporter toutes les adaptations nécessaires en cours de processus, cela afin d’éviter le décrochage de certains jeunes (ou de certaines familles). Ce point de vigilance peut d’ailleurs entrer en opposition avec certaines logiques de financement qui imposent un agenda très précis.

  • Apporter des adaptations lorsque des nouvelles opportunités se présentent, lorsque les besoins évoluent ou lorsque que le contexte connaît des changements.

  • Valoriser les victoires intermédiaires.

Tout au long de la réalisation de l’action, la participation peut se trouver renforcée ou ravivée par la valorisation des nombreuses victoires du quotidien, parfois inattendues, aussi petites soient-elle. Là encore, des supports peuvent contribuer à la mise en évidence de ces victoires: création d’outils de sensibilisation ou d’interpellation.

 

5/ Comment favoriser la participation à l’évaluation de l’action?

  • Lors de la démarche d’évaluation, mettre le focus sur le processus, le cheminement, plus que sur les résultats.

L’action pourrait d’ailleurs être évaluée à travers le prisme de la participation aux différentes étapes ou à certaines étapes du processus. Engranger, souligner les petites victoires du quotidien pour les bénéficiaires.

  • Privilégier l’évaluation continue avec les populations concernées (jeunes et familles), se mettre à l’écoute des moyens qu’elles proposent, permettre l’appropriation continue et l’adaptation de l’action en cours de route.

L’évaluation n’est donc pas uniquement à envisager au terme de l’action.

  • L’évaluation de l’action est à la base de l’évaluation de la politique de la prévention.

  • Importance de la centralisation des projets et des actions mises en œuvre partout en FWB «pour ne pas produire pour produire…».